Pourquoi le drawdown d'un backtest ne suffit pas
Un backtest raconte une seule histoire : celle où les trades sont arrivés dans cet ordre précis. Avec exactement les mêmes trades dans un autre ordre, trois pertes qui étaient isolées peuvent s'enchaîner, et le drawdown maximal peut doubler. Le chiffre affiché par MetaTrader n'est donc pas le pire cas, c'est un cas parmi beaucoup d'autres.
La simulation de Monte Carlo répond à la question qui compte avant de lancer un EA : sur des milliers d'ordres possibles, quel drawdown faut-il être prêt à encaisser ? L'outil construit entre 1 000 et 10 000 scénarios à partir des trades de votre rapport, puis donne le drawdown maximal médian, celui des 5 % de scénarios les plus défavorables, la plus longue série de pertes et la probabilité de franchir votre propre limite.
Il lit aussi le rapport à la recherche des comportements qui rendent un backtest trompeur : lot qui grossit après les pertes, positions empilées contre le marché, échantillon trop court, modélisation approximative. Ce sont les mêmes pièges que ceux décrits dans notre guide sur ce que valent vraiment les robots de trading.
Exporter le rapport du testeur de stratégie
Sur MetaTrader 4
- Lancez le test de votre EA dans le testeur de stratégie (Ctrl+R).
- Ouvrez l'onglet du rapport, faites un clic droit dans le tableau et choisissez l'enregistrement du rapport (Save as Report dans l'interface anglaise).
- MetaTrader crée un fichier StrategyTester.htm, accompagné d'une image .gif inutile ici. Chargez le fichier .htm.
Sur MetaTrader 5
- Une fois le test terminé, ouvrez l'onglet Backtest du testeur.
- Faites un clic droit, puis Rapport, et choisissez le format HTML ou Open XML.
- Chargez le fichier ReportTester-xxxxxxx.html ou .xml obtenu.
Le fichier est lu par votre navigateur, sur votre ordinateur. Rien n'est envoyé à QuantStone ni à personne d'autre : un rapport contient le nom de votre courtier et parfois votre numéro de compte, il n'a pas à circuler. Si vous débutez avec le testeur, notre article sur le fonctionnement d'un expert advisor MetaTrader détaille le backtest et le passage par un compte démo.
Lire les signaux d'alerte
Lot augmenté après une perte : la martingale
Une martingale multiplie la taille de la position après chaque perte pour tout récupérer au trade suivant. Le backtest paraît superbe, parce que la série de pertes qui dépasse la capacité du compte n'est pas encore arrivée. L'outil compare chaque position au dernier trade clôturé avant son ouverture : si le lot grossit d'au moins 20 % après les pertes nettement plus souvent qu'après les gains, il le signale, avec le multiplicateur typique observé.
Positions empilées contre le marché : la grille
Une grille ajoute des positions dans le même sens à mesure que le prix part contre elle, souvent avec des lots croissants, puis ferme tout le panier sur un petit gain. Trois indices sont mesurés : le nombre maximal de positions ouvertes ensemble, la part des entrées ajoutées à un prix plus défavorable qu'une position encore ouverte, et la hausse des lots dans ces ajouts. Pour ces EA, les positions fermées au même instant sont regroupées en un seul résultat de panier avant la simulation, car elles relèvent d'une seule décision. Retenez surtout ceci : le solde d'une grille reste lisse tant que les paniers finissent par se refermer, et c'est l'equity qui encaisse le choc. Un backtest de grille se juge sur son drawdown d'equity, jamais sur sa courbe de solde.
Échantillon trop court
Sous une centaine de trades, le taux de réussite et le drawdown d'un backtest varient beaucoup d'un échantillon à l'autre ; sous 30, ils ne disent presque rien. La simulation hérite de cette fragilité : elle ne peut rejouer que ce que le rapport contient. C'est aussi pour cela qu'un backtest ne remplace jamais un historique réel, comme l'explique notre guide pour vérifier le track record d'un robot de trading.
Qualité de modélisation
Sur MT4, 90 % est le maximum atteignable avec l'historique standard d'un courtier. En dessous, l'intérieur des bougies est reconstitué grossièrement, et un EA qui vit de petits mouvements (scalping, stops serrés) peut afficher des résultats impossibles en réel. Le mode « prix d'ouverture uniquement », qui affiche une qualité n/a, ne voit pas du tout l'intérieur des bougies. Sur MT5, privilégiez un test sur ticks réels avec une qualité d'historique proche de 100 %.
Les autres signaux
- Stop out : le courtier a fermé des positions faute de marge pendant le test.
- Gains fréquents, pertes rares mais lourdes : au moins 70 % de trades gagnants, avec une perte moyenne au moins deux fois plus grande que le gain moyen.
- Positions sans stop loss (MT4) : si l'EA, le terminal ou le VPS s'arrête, rien ne limite la perte.
- Espérance négative : le backtest perd en moyenne, son drawdown se creuse à mesure que l'horizon s'allonge.
- Période courte : moins d'un an de données, soit peut-être un seul régime de marché.
Méthode et limites
- Tirage : les résultats des trades du rapport sont tirés au hasard, avec remise, pour former entre 1 000 et 10 000 scénarios. Par défaut, chaque scénario compte autant de trades que le backtest ; vous pouvez allonger l'horizon.
- Taille des positions : à lots fixes, gains et pertes sont rejoués en montant ; si le lot suit le capital, ils sont rejoués en pourcentage du solde. L'outil choisit d'après la corrélation entre le lot et le solde, et vous pouvez forcer l'un ou l'autre.
- Pertes latentes : le drawdown est mesuré trade par trade sur le solde. Pour les paniers d'une grille, la perte latente est reconstituée à chaque ajout de position, au prix de cet ajout : c'est un minimum, car le prix a pu aller plus loin ensuite. Quand le rapport fournit le drawdown d'equity calculé par MetaTrader et qu'il dépasse les 5 % pires scénarios, l'outil le signale en tête des résultats : c'est alors ce chiffre qui compte.
- Indépendance des trades : chaque trade est tiré indépendamment des autres. Les enchaînements propres à une martingale ou à une grille sont donc cassés, et leur risque réel est sous-estimé : c'est pour cela qu'ils sont signalés à part.
- Sur-optimisation : la simulation ne la détecte pas. Un EA réglé sur le passé peut produire un backtest propre et échouer en réel ; rien ne remplace un test hors échantillon puis un compte démo, deux des critères pour choisir un robot de trading.
- Reproductibilité : mêmes données, mêmes résultats. Un lien de scénario partagé redonne exactement les mêmes chiffres.
Gain nécessaire pour revenir d'une perte
Une perte se rattrape avec un gain plus grand qu'elle, parce que ce gain s'applique à un capital réduit. La formule est simple : gain nécessaire = perte / (1 - perte).
| Perte depuis le sommet | Gain nécessaire pour revenir |
|---|---|
| 10 % | 11,1 % |
| 20 % | 25 % |
| 30 % | 42,9 % |
| 40 % | 66,7 % |
| 50 % | 100 % |
| 60 % | 150 % |
| 75 % | 300 % |
C'est la raison pour laquelle le drawdown pèse plus lourd qu'il n'y paraît : au-delà de 30 à 40 %, le chemin du retour devient très long, et c'est souvent à ce moment-là que l'on coupe l'EA au plus mauvais endroit.